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03/03/2011

... yehuda .. (clown's paradigme)...

… et puis le temps putain d’élastique, les secondes sont des éternités vertigineuses, les éternités se figent, je n’ai strictement aucune idée de la perspective, j‘ai perdu le sens de la profondeur de champ, j’ai égaré la dimension tierce

je suis fatigué

très beaucoup

j’ai vu quasi personne depuis une éternité de secondes qui se diluent en jours, semaines, années, j’en sais rien,

ce matin j’ai été faire une prise de sang, peut être suis je empoisonné par ..

par quoi  d’ailleurs ?

.. peut être aussi ils veulent m’opérer ma tumeur dans le cerveau, mais je veux pas, j’ai dit oui oui, mais  j’en ai vraiment vraiment rien à foutre…

mais j’ai quand même été faire une prise de sang parce que je suis fatigué et ça je veux pas, mais pas du tout, je veux cogner mon puching ball avec mon chapeau sur la tête et ma bite à l’air encore et encore en attendant Godot qui me sourit dans le miroir…

.. j’ai vu personne depuis jesus christ qui marchait sur l’eau, tu sais, moi je nageais près de lui, j’ai horreur de nager, mais putain elle était bonne, ça faisait un bien fou, jesus continuait la traversée du lac sur ses repettos bleus parce que c’est un garçon, tout debout, le regard lointain,  genre je vois la ligne bleue des vosges d’où je suis , on était sur le lac de tibériade, tu parles d’une vue, tchin tchin afflelou inside..

je nageais et jesus marchait sur l’eau

-t’as tort jesus, j’ai dit, t’as tort…

… je n’ai aucune idée de l’heure qu’il est, j’ai fermé la porte de mon bureau aujourd’hui pour travailler dans la solitude opaque, j’ai écouté mille versions différentes de one more cup of coffee,

white stripes,

frazey ford,

cheap wine

robert plant,

 en tapant des lettres très officielles, en apposant ma signature d’un mouvement de la main brouillon et très humain,

tiens je n’écris plus rien de personnel,

sauf ici, au détour d’une seconde assise sur le bord d’un trottoir,

une seconde qui fume une clope en regardant l’asphalte poussiéreux,

une seconde, avec un sac à dos de l’armée américaine d’il y a mille ans, rapiécée, avec le signe love and pisse partout dessus,

une seconde avec un short en jean deux tailles en dessous qui vit sa vie d'amazone sans soutif

one more cup of coffee before i go

tiens je ne lis plus rien non plus, y’a un milliard de fois les vingt- six lettres de l’alphabet dans tous les désordres possibles disséminés dans les quarante trois livres autour de mon lit, je ne lis plus rien depuis je ne sais pas quand,

je n’ai vu personne depuis pantin’s cimetière de mardi, carré juif, allée des platanes, après le second rond point de l’allée centrale, ils avaient déposé le cercueil sur deux tréteaux,

dessus, un tissu avec l’étoile de david,

son nom juif était yehuda

yehuda le clown,

le rabbi l’a qualifié d’homme de l’humour, il a dit que dieu l’aurait à ses côtés parce que dieu aime rire

ça j’y crois moyen

yehuda le clown,

je voulais prendre des photos mais mon putain d’iphone s’est bloqué encore, je n’ai que des photos du gravier sur le sol,

le rabbin a parlé des vies qui ne sont pas finies même si elles s’arrêtent, yehuda est trop jeune, trop électrocuté

quand ils l’ont soulevé pour aller vers le trou, putain on a tous applaudi, c’est la première fois que je voyais un cercueil se faire applaudir,

yehuda le clown,

en jetant ma poignée de terre sur le bois dans le trou, je pensais qu’une tartine tombait toujours du côté du beurre, qu’un chat tombait toujours sur ses pattes

mais putain, yehuda, si on beurre un chat, il se passe quoi ?

…..et puis on était une centaine, et j’ai vu juste en face , de l’autre côté du cercueil un sourire qui me regardait

putain j’ai fondu, c’était ma petite sœur,

ça m’a fait chaud en dedans,

ma petite sœur avec son bibi sur la tête très look carla faisant révérence devant la queen

ma petite sœur, la vraie est morte aussi, mais elle, elle l’a remplacée très vite, petite, je lui ai appris les divisions, je lui ai raconté les histoires rigolotes des adjectifs qui s’accordent, quand elle a eu dix huit ans, on est parti en voyage tous les deux, tout le monde croyait qu’on baisait ensemble,

mais c’était ma petite sœur, y’a toute une civilisation  qui repose sur le tabou de l’inceste, compte pas sur moi pour démolir ça, elle était trop jeune pour moi, quand elle a rencontré son mec , elle m’avait appelé et on a passé deux nuits à parler ensemble en buvant du vin blanc et en fumant je sais pas quoi, sûrement des camels, je m’en souviens plus..

et puis elle est partie je sais pas où, à l’étranger, on s’est perdu de vue

on s’est souri mardi, chacun de chaque côté du cercueil…

ça fait combien d’années qu’on s’est pas vu nenette ?

et puis plein de gens ont commencé à me parler, on a rigolé parce que yehuda était un clown..

je l’ai cherchée partout, elle était plus là,

-hey où elle est ? j’ai demandé,

-elle est partie, on m’a dit

- elle est partie où ?

- on sait pas, on m’a dit

mercredi j’ai passé dix coups de fil pour savoir

elle était rentrée à londres, c’est là qu’elle habite, j’ai eu son numéro, hier, j’ai appelé

-salut nenette

-         salut toi, elle m’a dit

on a parlé une heure ou deux et puis j’ai entendu une sonnerie chez elle

-         -putain elle m’a dit il faut que je te laisse, j’ai oublié que j’avais des gens qui venaient, je te rappellerai

je sais pas quand elle va me rappeler, je crois que je vais passer surement quelque week end à londres bientôt

ou pas

comment veux tu que sache

quand c’est bientôt,

parce que y’a les secondes qui deviennent éternelles

et l’inverse,

j’ai vu personne je crois depuis des années mais je garantis pas l’exactitude de la durée,

il y avait un soleil aluminium ce matin

mais il faisait très froid,

 j’ai bien aimé le soleil

vraiment

j’ai fermé les yeux pour le laisser venir

quand je les ai rouverts, il était toujours là

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