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22/03/2011

... the time they are changing (non c'est pas vrai)...

… et puis j’ai mis philip glass sur les enceintes, j’avais il y a un milliard d’années et des poussières une cassette 120 minutes de l’opéra Akhenathon, j’adorais ce truc, c’était pour moi, le carmina burana du 20 ème siècle , parce que surement,

tu sais quand j’habitais cette  maison de pierres dans la colline,

tu sais quand je vivais au milieu de cette superbe forêt,

tu sais quand y’avait ce gigantesque château du 13ème siècle qui surplombait le tout,

tu sais quand j’en revenais pas de cette beauté là

tu sais quand j’allais boire un café le dimanche matin devant le lac

tu sais, quand c’était avant

 je savais  pas que carl Orff, c’était aussi le 20ème siècle, juste les machins synthétiques de philip glas l’estampillait futur immédiat, lui donnait l’apparence de star streck, le glissait dans les failles de l’avenir,

le son fait un peu sourire maintenant, Philip glass, ça a le gout du bontempi un peu, mais là, au milieu de cette nuit à nouveau recouverte d’une casse couilles insomnie, mais là, tout de suite, ça réchauffe un peu

je veux dire la solitude nocturne

parce franchement, il fait pas froid, hein ?

je vais aller encore changer de tee shirt, les deux heures que j’ai dormi ont suffit à saupoudrer tout ça d’une sorte de transpiration aigre,

je n’allume plus la radio la nuit,

je n’écris plus non plus

depuis très longtemps

je ne lis plus

ou alors à peine,

comme on picore sans faim quelques mezzés laissés là sur la table,

il est je sais pas quelle heure entre une heure et deux heures du mat, je me suis envoyé un mail pour prendre de mes nouvelles

- salut abraham, tu vas bien ?

oui, je me suis répondu, je crois que oui, je veux dire, je me pose pas trop la question

- tu fais quoi ?

je sais pas trop, je fais rien qui dépasse le moment présent, des fois ça a le gout d’une brioche tiède, toute craquante, des fois d’une bière fraiche dans un pub, là bas dans la ville lointaine, comme samedi dernier, quand cette envie m’a prise brutalement d’entrer dans ce pub sombre, éclairé de bougies, j’ai ressenti un bonheur très doux, j’avais envie de la partager, de le dire, tu sais j’ai envoyé un mail, juste écrire, je bois une bière dans un pub, des fois, c’est plus fugace, plus immédiat,  juste c’est rien d’autre que cette lumière dehors, et je souris en fermant les yeux vers le ciel, tu sais, quand t’es content d’avoir retrouvé tes lunettes de soleil

- tu peins plus ?

ah tiens, non, j’ai préparé ce grand panneau de bois avec cette fille qui joue du violoncelle en chaussettes, mais j’ai pas posé les couleurs, j’ai juste l’esquisse en noir et blanc, je l’ai accrochée tel quel sur le mur du salon en bas, des fois je regarde ça longtemps, j’attends d’avoir envie, tu sais, je vis pas trop avec des mots, même si c’est ce qu’il en reste en définitive, je vis pas trop avec une perspective quelconque grammaticale, syntaxique, je me demande rien, je m’explique rien

ou le moins possible,

j’essaie d’être cardiaque au maximum

synchrone avec la pulsation sourde

en rythme avec moi même

pas d’avant, pas d’après

pas d’envie

pas de regret

- il est quelle heure abraham ?

j’en sais rien, vraiment, peut être je me retire du monde un peu trop, je sais pas faire avec les autres, je sais pas dire, c’est trop compliqué je trouve, des fois j’ai envie de demander « ça va ? », et je le fais pas, parce que je sais pas faire avec les mots dits aux autres, parce que j’ai pas la règle du jeu,

parce que j’ai jamais rien compris à ça

- il est quelle heure abraham ?

j’en sais rien, vraiment, j’écoute le synthé un peu ridicule et répétitif de philip glass, c’est le milieu de la nuit, il faut que je dorme une heure ou deux encore

- il est quelle heure abraham ?

je sais pas, des fois je pense à elle, comme ça, plus que des fois, presque tout le temps, mais ça ne veut rien dire dans le présent, c’est juste mon monde à moi, il ressemble à rien, surtout pas à des mots

- il est quelle heure abraham ?

je sais pas, j’ai envie de partir sur mon ile, très bientôt, je vais le faire, partir tout seul dans quelques semaines, prendre ma voiture, aller passer cinq ou six jours là bas, dans ma maison toute pas finie, aller marcher jusqu’à la crique à trois cent mètres la bas, c’est magnifique, tu sais, demain, je te mets des photos

- il est quelle heure abraham ?

je sais pas, j’aurai aimé cette nuit entendre une voix me raconter son quotidien, le tout banal des jours qui passe, j’aurai aimé entendre une voix conjuguée au présent simple, là tout de suite, cette nuit, que le téléphone sonne, que je décroche et que ça dise ces choses simples de la journée,

- il est quelle heure abraham ?

je sais pas, mon père me manque

- il est quelle heure abraham ?

je sais pas, appelle moi cette nuit, dis moi l’heure qu’il est



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