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16/04/2011

..........I hope you're keeping some kind of record.........

 … et puis c’est la nuit et je n’écris plus la nuit,  j’ai remis cette musique un peu espagnole que j’écoute tout le temps en ce moment, je suis monomaniaque sûrement,

et puis c’est la nuit et ça fait longtemps que je ne fais plus rien la nuit, même plus regarder l’heure, hier j’ai pris ma bagnole, je devais aller un peu loin dans ce truc qui pourrait être mon  boulot dans un mois, j’ai pris ma bagnole, j’avais juste assez d’essence pour l’aller retour, j’en remettrai en revenant, j’ai pensé, j’avais pas dormi la nuit d’avant, juste une heure, ou à peine un peu plus, comme ça, jetée dans la soirée, j’avais pas dormi la nuit d’avant, ni fait la vaisselle, ni rien d‘autre, les nuits sont maintenant des attentes qui partent de rien pour aller nulle part, j’ai pris ma bagnole en regardant la jauge d’essence, oui, j’en ai assez pour l’aller retour, j’ai coincé le gps sur l’adresse de destination, j’ai pris ma bagnole et je me suis enfoncé dans cette drôle de matinée huilée de ce

gris plombé,

et plombant,

j’avais ce je sais quoi dedans moi,

je l’ai encore là, maintenant,

y’a mes doigts sur le clavier blanc

du petit packard bell sur mes genoux,

 là dans mon lit, 

sur la couette rouge,

je l’ai encore là, ce truc dans moi,

peut être c’est ça la tristesse ?

peut être c’est autre chose ?

je viens d’avaler une demi noctran, il faut que je dorme un peu,

et puis hier, j’ai pris ma bagnole, le gps coincé sur l’adresse là bas, à quoi ? quatre vingt kilomètres de là, j’ai traversé les campagnes vides, y’avait ce

gris plombé

et plombant,

y’avait aussi ce froid crissant, j’ai mis le chauffage, une petite ventilation, la radio sûrement mais j’écoutais pas, j’ai traversé la campagne vide et pleine de ce

gris plombé

et plombant,

j’avais aussi ce vertige de ce manque de sommeil, j’ai roulé dans cette campagne trop vide, j’ai pris des routes qui n’existent pas, j’ai pas croisé une bagnole pendant une heure, juste à un moment une sorte de dinosaure avec des bras immenses et trop maigres, planté au milieu d’un champ tellement immense que je ne suis demandé si c’était pas l’univers entier allongé là, qui attendait

peut être son fils,

peut être la mort,

juste un moment cette sorte de dinosaure mécanique, tout en ferraille avec ses bras immenses  qui a ricané en me voyant,
le gps n’a rien dit, y’a rien à dire ce matin gris, la radio même avait ce ton de kaddish murmuré devant l’oubli qui s’alourdit,

je savais pourquoi j’avais ce truc en moi, hier matin,

ou ce matin,

on est quand maintenant ?

quand c’est qu’on va où ?

 je suis arrivé avec une demi heure d’avance sur mon rendez vous, j’ai fait un détour par ce qui pourrait être ma maison de dans un mois ou deux si j’ai ce boulot de grand chef,

ce qui ne veut rien dire quand y’a cette huile aux reflets

gris plombé

et plombant

j’ai pas essayé de prendre une photo, mon iphone est tout cassé,

c’est une grande maison dans un grand jardin

ou un petit parc de mille et quelques mètres carrés,

avec un cèdre bleu je crois

et puis j’ai été au centre du village, y’a :
-une grande place autour de l’église, 
-une maison de la presse,
-un café tabac,
-un marchand de fleur,
-un point coop,
-une poissonnerie,
-un crédit agricole,

on dirait un faux village,

un décor du temps d’avant,

quand y’avait du jaune orangé au bout de l’horizon,

loin,

 mais brillant,

j’ai été au café tabac, y’avait plein de types tout seuls assis à des tables qui cochaient des journaux avec des stylos billes volés surement dans un musée de stylos billes

j’ai mis un moment à comprendre que c’était un PMU, je savais pas que ça existait encore ce truc,

tu sais, je crois que ce matin, j’ai glissé dans une faille du temps, je crois que je me suis trompé de calendrier, j’ai pensé qu’avec un peu chance, j’allais pouvoir appeler mon papa, lui dire :

- hey papa, viens me chercher, j’ai pas mon gouter, hey papa, viens me chercher, je veux aller dans ma chambre, hey papa, viens me chercher, je veux qu’avec mes frères on joue au foot dans le salon et qu’on casse la lampe encore une fois, je veux qu’on mange du couscous ce soir, papa, viens me chercher, je suis là dans ce café PMU, paye moi un diabolo, et fais un tiercé, achète des gauloises, laisse moi regarder les bandes dessinées, hey..

-vous voulez quoi ? m’a demandé la fille avec des lunettes derrière le comptoir,

j’ai dit : … euh, un café ?

il y avait une grande télé contre le mur, c’était des gens qui  jouaient au golf,

au golf

j’étais fasciné

j’ai jamais vu des gens jouer au golf,
c’est fascinant tellement c’est con

je trouverai pas les mots pour décrire une connerie pareille

IL FAUT METTRE UNE PETITE BOULE DANS UN PETIT TROU  AVEC UN BATON

Et je te jure y’a personne qui avait un nez rouge pour atténuer le ridicule du truc, y’a personne qui avait mis un bermuda à fleurs

Y’a personne qui jouait du tambour…

J’ai été ensuite dans les lieux de mon presque possible boulot de dans un mois ou deux même si j’ai une chance assez faible de l’obtenir,

J’ai rencontré la chef qui s’en va, qui sait que c’est moi qui peut être va être là,

On a discuté presque une heure dans son bureau, je regardais par la vitre la secrétaire de direction qui allait peut être être la mienne dans un mois ou deux

Ou jamais

Elle a mille ans,

Un chignon

Un collier en gros or autour du cou

Je me suis dit que si j’avais ce boulot de dans un mois ou deux

ou jamais,

je changerai la table du bureau,

Je mettrai un truc avec des tiroirs
pour m’allonger dedans,
pour oublier les jours qui passent,

On est resté une heure ou deux à discuter,

………….et puis..

……..et puis, je suis rentré

sur la route qui n’existe pas, j’avais cet acide au fond des yeux du manque de sommeil

J’avais ce vertige au bord du

gris plombé

et plombant

qui hésitait,

un  rien funambule vieilli

à traverser peut être la fois de trop

le fil mal tendu

qui part de rien 

pour arriver  nulle part,

tu sais 

la fille aux bougies a téléphoné

- on se reverra ? elle a demandé 

- sûrement, j’ai dit,

sûrement

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