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13/05/2011

.......... you told me again you preferred handsome men..........

 

Tu as posé une goutte de ta salive sur mes lèvres et tu as dit Avale. C'était à Bangkok.

Non, attends, j'ai pris la carte à l'envers.

C'était à Montréal, Canada.

Oui, Montréal. Mais qu'est-ce que tu foutais à Montréal?

Je vais où je veux, tu as dit, je suis libre.

J'ai avalé.

J'ai pensé: mouilles-tu en ce moment précis?

Encore, tu as dit.

Il y a un nombre de mots incalculables qui me séparent de toi, peut-être exactement le nombre que j'ai prononcé jusque là. C'est impossible à vérifier.

Caresse-moi le ventre, j'ai murmuré.

J'espérais en cela que tu appuies par hasard sur le bouton à stopper le temps. Non, non, surtout ne pas s'arrêter. La vision que j'ai de cet instant présent est certainement du à un excès de cette substance particulière qu'est la vie.

Tu souris en me regardant avaler. Deux minuscules fossettes de part et d'autres de tes lèvres.

Combien de sexes d'hommes?

Tss, tss.

Tu souris toujours.

Qui t'as déflorée, mon amour?

Tss, tss.

Qu'importe comment je te baise, je n'arriverai jamais au balbutiement de l'amour.

Cela va se faire dans la violence, de l'amour le plus fou à la tendresse la plus sereine tout est violence, je vais fabriquer les mots qui vont me permettre de les entendre ensuite, de savoir qui tu es, si tu as existé, si tu vis toujours ou si je t'ai assassinée. Va savoir qui je suis exactement.

Mais tu as dit Avale et j'ai avalé.

Et puis, on s'est léché la figure je crois bien, mais tout ça se mélange, tu as la salive psychotrope, faut tenir jusqu'au bout. La vision de Dieu est mortelle.

Dieu, c'est toi. (petit bout de femme chérie.)

 

Il y a très très longtemps, (il aurait fallu que je prenne des notes pour fixer tout cela mais l'écriture était étrangement énervée à cette époque, comment dire, impossible à canaliser, tu vois, des mots de toutes les couleurs qui surgissaient de part et d'autres et qui à chaque fois me faisaient sursauter), bref, donc, il y a une infinité de temps, j'ai eu la sensation que tu étais possible.

Oui, possible.

C'est dire, bien sûr, le flou complet qui engluait toute tentative de raconter ne serait-ce qu'à moi-même le chemin que j'allais prendre pour aller du lieu où j'étais à l'endroit exact où je me trouve actuellement.

En passant par toi, évidemment.

Ai-je dit que tu étais une femme?

Et moi un homme?

Ai-je décrit le siècle d'une façon brève mais lucide?

Ai-je déclamé d'une voix électrique des phrases impossibles et définitives?

Ai-je chanté ce rock arabe que j'avais composé dans une cave du 18ème arrondissement et qui m'a permis de vivre de dix sept à vingt deux ans comme un prince?

Je manque à tous mes devoirs.

Honte à celui qui ne garde pas un bout de sa plume pour les mots qui surviennent par hasard, honte à celui qui n'a pas l'hospitalité du verbe errant.

Le moment est peut-être venu de se ressaisir enfin, d'avoir l'élégance de se présenter et de se représenter, d'avoir le courage de se démaquiller entièrement pour entrer nu dans le livre, sans armes et sans cuirasse. Peut-être que tout compte fait j'aime le silence.

Sans lui, il n'y aurait nul moyen de savoir que nous vivons dans le bruit.

 

En tapant www.primordial.com, il est possible d'apprendre que nous sommes en ce moment précis six milliards sept cent soixante quinze millions huit cent vingt neuf mille trois cent quinze individus sur terre. A un ou deux génocides prés.

Bien sûr certains se prennent pour d'autres et ça brouille sérieusement les chiffres.

Et puis il y a les solitaires. Ceux là ne sont pas comptabilisés. Il faut établir des règles claires au départ et s'y tenir. Les solitaires passent leur temps à jouer du piano et cela n'intéresse personne. Non qu'ils jouent mal, mais comment dire, ils n'utilisent que des gammes mineures et c'est lassant à force. Les solitaires n'ont qu'un point positif à leur avantage: ils ne font jamais la quête et ça, ça soulage énormément.

Je les ai fréquentés un moment.

Je devais avoir onze ou douze ans. M'était venue l'idée que tu étais peut-être une note.

Que savais-je des femmes à cet âge-là?

Une note. Oui, mais laquelle?

J'ai cherché longtemps. C'est à cet instant de ma vie que j'ai acheté la guitare LesPaul sur laquelle j'ai joué plus tard et tant de fois ce rock arabe qui m'a propulsé au sommet du Top Ten (Australie comprise). J'ai choisi la guitare parce que les Juifs n'achètent pas de piano à cause de leurs pieds fourchus (non casher).

J'ai essayé toutes les notes.

Aucune n'était toi.

Où tu étais, toi, pendant que je cherchais?

Tss, tss.

Arrête de faire tss, tss.

Pardon? tu as dit.

(Je ne veux pas te perdre. Aucune partie n'est jouée à l'avance.) Alors, j'ai montré du doigt le ciel par la fenêtre.

Regarde, le jour se lève sur Montréal.

Le jour se lève tous les jours, mais je comprends ce que tu veux dire.

Et tu t'es blottie contre moi pour que je puisse renifler l'odeur infiniment subtile de ton cou et que fatalement nos haleines se mélangent.

Tu as cette façon unique de poser ta tête sur mon torse.

Combien d'hommes?

Tu as relevé ton visage pour que nos lèvres se touchent.

Ils ont prévu 33 degrés aujourd'hui à Montréal.

Nous dormirons nus.

Dormir ? dis-tu.

 

J'ai vécu quelques mois dans une tribu nomade d'Afrique Noire. Je suis incapable d'en retranscrire le nom et même je crois de m'en souvenir tout simplement.

Peut-être que c'est là que tout a vraiment commencé pour moi.

Il me plait souvent de penser qu'il y a eu un commencement. Au gré des jours ou des humeurs, je le place ça ou là. Je change régulièrement ma biographie. J'ai plus de sept cents cartes d'identité. Elles sont dispersées à travers le monde et suivant les pays et les continents sentent des parfums différents.

J'aime la façon dont tu me regardes. Tu as tes yeux d'amoureuse et cela est très troublant.

Tu sais, j'ai longtemps cru que j'allais te trouver dans cette tribu. Je n'avais aucune idée à quoi tu pouvais ressembler. J'ai fait l'amour avec toutes les femmes présentes sans exception. J'ai eu beaucoup de soucis avec les clitoridiennes. Je m'y prends mal avec elles. Plus tard, aux USA, j'ai pensé m'inscrire à un stage de perfectionnement et puis j'ai laissé tomber.

Aucune n'était toi.

Comment je le savais?

Elles m'ont toutes griffées le dos pour que leur existence soit tangible. Une preuve. Une signature. Une marque.

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