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20/12/2014

...of course...

.. et puis c’est une sacrée question, c’est ce que j’ai écrit dans la nuit avant de me coucher hier, sur une feuille de ces blocs blancs éparpillés dans la maison,

…………..et que j’ai posée par terre devant la porte du salon

          Oui, une  sacrée question

pour ne pas oublier, parce que même les sacrées questions je les oublie, que je m’intéresse très vite à autre chose, je sais déjà plus quoi,

et ça c’est peut être une des réponses..

Mais c’est une sacrée question quand même, j’avais passé l’après midi ou presque sur le canapé à bouquiner, à rêvasser, à écouter je ne sais plus quoi sur les enceintes, mais à écouter vraiment, je veux dire en disparaissant dans la musique, en me transformant en volute d’ondes, en pulvérisation sensible, en fusionnant complètement avec les sons, en étant son moi même,

j’avais aussi fait un tour au bourg, aller boire un café au troquet de la petite place derrière, juste pour marcher un peu, j’étais seul dans le café, avec la patronne, elle a du mal à parler avec moi, je le sens bien, ça fait des années qu’on se connait mais y’a cette distance qui sera toujours là, elle me reconnait pas, elle ne me reconnait pas comme étant de son espèce, de sa race, elle a ce regard méfiant, vigilant, elle est polie, gentille, dit bonjour et au revoir, mais y’a cette distance plissée, tu sais, son mari c’est pas pareil, il a le sourire franc, je te connais depuis longtemps il m’a dit la dernière fois, et puis il a parlé encore mais j’entendais mal,  cet accent peut être, ou mon ouïe qui s’asphyxie, je sais pas j’ai souri en hochant la tête, en disant c’est pas faux comme j’ai vu dans Kamelott, en alignant des syllabes sans signification mais très signifiantes dans l’amitié, dans le plaisir de cette non discussion complètement absconse…

Je suis revenu chez moi en marchant le long de la petite route qui se tord comme ça, y’a eu l’odeur de la chèvrerie  d’un coup, c’est Manu, le chevrier, tu vas bien ? il réparait un vélo devant sa cabane de bois avec un gamin, je sais pas du tout si c’est son fils, je me souviens plus, j’ai du le savoir, mais j’oublie, y’a eu illico l’odeur des chevaux juste en, face, les écuries avec le gros chien blanc genre saint bernard qui s’est mis connement à aboyer comme  chaque fois que je passe, je suis revenu chez moi en croisant aussi ce vieux type à cheveux blanc, une célébrité qui publie tous les jours dans un journal à grand tirage, qui vit à trente mètres de chez moi avec sa femme, c’est deux petits vieux très discrets, on dirait des pauvres alors que non, ils ont acheté le café dont le type s’est suicidé il ya déjà un peu plus de mille ans je crois, mais il avait l’air tellement triste que j’avais pensé tant mieux quand j’ai su qu’il s’était jeté de la falaise un peu plus loin, le vieux célèbre a racheté son café, il l’a fait repeindre, je sais pas pourquoi il a racheté ça, il en a fait une maison je crois mais il habite toujours dans mon village, à coté de chez moi, il n’a pas de voiture, pas de vélo, il marche à pied avec sa femme, je savais pas qu’il était célèbre au début, je croyais que c’était un vieux en fin de droit, je croyais que j’allais lui acheter des trucs au marché pour qu’il mange mais on m’a dit non, c’est machin, je connais le nom de machin, je connaissais pas sa tête, ben c’est lui, le vieux qui passe avec sa femme le matin et le soir devant chez moi, sous la pluie ou sous le soleil et on se dit, bonjour, bonjour, et je suis rentré chez moi et y’a eu cette question  qu’est une sacrée question

Pourquoi est ce que je vis ? et toi aussi d’ailleurs..

Et bien sûr y’a pas de réponse, et y’en aura jamais, je veux dire, c’est pas nouveau, je rigolais pas la première fois que ça m’avait effleuré, j’avais surement six ou sept ans, surement, et encore moins ensuite à quinze ans , quand je prenais un air vachement ténébreux pour écrire sur des carnets, des métaphores  profondes à base de silhouettes maudites et de regard perdu dans le lointain du lourd secret..

Y’a aucun sens à la vie, of course

C’est sur cette évidence que d’une façon on ne peut plus volontariste, je me suis résolu à être heureux, c'est-à-dire à me détacher du maximum de choses, du maximum de gens, à tenter de retrouver la cellule souche de mon existence,

C'est-à-dire l’essentiel de mes besoins,

Surtout affectifs, surtout social, surtout sexuels,

Revenir à la cellule souche, c’est comme ça que commence le processus du clonage, tu sais, la brebis qu’ils ont clonée et tout ça, ils prennent une cellule n’importe où, la laissent presque mourir pour qu’elle se réduise à l’essentiel, jette ses oripeaux, ses préjugés, sa sophistication, ses questions existentielles, et revienne à sa propre essence vitale, ce qu’elle est réellement sans les regards des autres,

Avant d’être définis par toutes ces injonctions, ces conjonctures,

A ce moment là, elle se clone pour être reproduite au plus près de son âme, et là, elle se redéveloppe comme elle le souhaite, comme le peut, comme ça va la vie…

                                    C’est de cette façon volontariste que j’ai balayé la question du pourquoi du comment de ce que je fous là au lieu d’être ailleurs et à quoi ça sert la vie et tout ça…

Me réduire à l’essentiel, au plus près de mon vital, me suffire de cela, le délimiter clairement et prendre tout le reste comme du superflu du plaisir en plus, du gâteau quand t’as pas vraiment faim…

Je sasi pas pourquoi c’est revenu hier cette question,

Cette sacrée question quand même, ..

Sans doute parce que j’avais pas relu encore mes mémoires que j’invente, que je continue à rien foutre, jour après jour, langueur après langueur,

Et que là je t’écris en écoutant le triple CD de léonard Cohen,  live in dublin qui vient de sortir, avec plein de chansons parfaitement ennuyeuses et quelques zébrures jouissives comme des souvenirs tièdes…

 

 

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