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11/10/2015

.. mes deux pages d'aujourd'hui sur l'Arménien...

L’Arménien avait une grosse bite. On ne peut pas faire l’impasse sur sa grosse bite. Parler de l’Arménien sans évoquer l’anaconda de son slip relevait de la fiction pure et simple.

L’Arménien était un des personnages de mon époque peinture. Avec la fille au visage de Vermeer, l’Arménien, la rouquine débile qui lui servait de copine, son nom ne me revient plus et quelques autres personnages bien dessinés comme ça on formait une sorte de tribu aux contours flous et à l’organisation fluctuante.

On sortait de l’adolescence pour te dire qu’on ne faisait pas dans la nuance niveau look.

On était loin du gris subtil et de la nuance pastel, on passait plutôt notre énergie à balancer les éclats de nos personnalités naissantes comme des claques histoire d'être sûr d'exister.

Ce n’est pas simple de grandir dans n’importe quel monde. Cette époque n’était pas pire ni meilleure qu’une autre. Aucune époque ne se mesure à une autre il n’y a que des abrutis pour nous en chier des essais plombés de douze kilomètres d’ennui et de rance.

Non, elle était juste inconnue pour nous, on venait de naitre, à quinze ou vingt ans, tu n’as pas le mode d’emploi alors tu avances à coups de hache.

Moi je m’étais maquillé en Léonard Cohen avec une touche de Rahan pour le côté sauvage.

J’avais vite laissé tomber le côté Rahan, ce n’est pas simple d’avoir un corps de sauvage sculpté en ne fournissant aucun effort et en n’ayant aucun intérêt pour tout ce qui ressemblait à de l’exercice physique, à de la transpiration heureuse ou ce genre de choses.

Pour le côté Léonard Cohen, ce n’était pas pareil. J’avais deviné en passant une après midi avec une étudiante en pharmacie à la peau très blanche et aux lèvres troublantes que sa voix grave et ses mots incompréhensibles donnaient des moiteurs dans la culotte de la demoiselle et ça, je l’avais immédiatement  intégré.

-         Une fille jouit avec l’oreille

-         Oui mais tu peux sortir ta bite aussi.

Leonard Cohen n’était pas le dernier pour baiser.

 

L’Arménien ressemblait à un Arménien, c'est-à-dire des touffes de poils avec au milieu un regard très noir.

Il vivait avec une dizaine d’autres types un peu bizarres dans un pavillon communautaire à la lisère d’un minuscule bois, dans une des villes de la banlieue d’antan quand elle reniflait encore le prolétariat.

C’est quand la gauche a pris le pouvoir que ça s’est effrité, on sait tous gueuler qu’on n’est pas content et puis après on fait comme les autres et du coup tout le monde est paumé.

 J’avais débarqué dans cette communauté par le hasard d’une nuit d’automne, on zonait comme seuls les ados de banlieue savent le faire, sur des bécanes merdiques, avec des blousons merdiques, dans un ennui merdique.

Je ne savais pas combien ils étaient là dedans, le courant avait été coupé, tu m’étonnes, il n’y en avait pas un pour payer la facture, et dès que la nuit tombait, il fallait faire gaffe à ne pas foutre le feu avec les dizaines de bougies foireuses qui étaient posées n’importe où entre les boites de camembert et le pain au kilo.

Ca donnait une atmosphère qui ne ressemblait à rien de ce qu’on nous montrait sur les trois chaines de télé. On pouvait se croire à l’orée d’une nouvelle ère. Ou carrément à la fin de la civilisation.

 

Un type inidentifiable a essayé de me raconter l’histoire de la galaxie des escargots verts, mais je n’en avais strictement rien à foutre et je n’ai pas changé d’avis.

L’Arménien ne peignait pas encore, il écrivait une pièce de théâtre dont la première réplique était :

-         Madame je viens vous offrir un bouquet de pénis.

Il n’avait pas trouvé la suite mais c’est normal, il n’y avait pas suite possible. Ce truc était un tout en soi, une sorte de chef d’œuvre.

Court mais bien.

06/10/2015

... extrait of ce que j'écris ailleurs...

(…………….)…………………………..en rentrant, j’avais un peu tendance à me la jouer loup solitaire et vieil ermite et je rentrais facilement dans le rôle.

Au-delà de la dégaine de sagesse que j’affectionnais, j’aimais  bien l’oubli qui s’installait avec douceur et qui estompait un peu tous les soubresauts qui sont les signes extérieurs d’une vie palpitante.

(……………………..)

J’ai été chercher au frigo un machin zéro à boire, un faux coca fabriqué surement avec de la sueur de petit banghladeshien payés une cacahuète et demi et vendu dans ces trucs discount pour pauvres en forme d’entrepôts mal balayés.

Il faisait chaud, les experts se relayaient à la radio pour expliquer le changement climatique, un site d’information en continu avait pondu un article sur une étude britannique qui annonçait un effondrement de nos sociétés vers 2040, genre tu dors tu te réveilles et c’est la fin du monde. A la lecture de l’article, ça semblait même pire que la fin du monde, les africains allaient venir tous nous manger aidés par les latinos qui allaient monter les barbecues. En résumé, ceux qui avaient la peau très bronzée allaient se transformer en Tyrannosaure, Georges Lucas était déjà dépassé avec ses animaux préhistoriques en latex, la réalité n’avaient pas besoin de lunettes 3D, on  fonçait dedans parce qu’on ne savait pas s’arrêter, on n’en avait pas trop envie non plus même si certains pédalaient sur leur velib avec l’ardeur  des premiers chrétiens, le regard illuminé par les marques de farine bio.

 

Si on croisait ça avec les fous furieux de la décapitation, on était plutôt rassuré par nos rides qui se pointaient et notre peau qui s’affaissait un peu.

On vieillissait mais on en avait un peu profité.

J’ai fini par ouvrir mon ordi Packard Bell que j’ai depuis pas mal de temps maintenant, on dirait que la course à l’obsolescence s’est calmée du côté des ordinateurs classiques, ils ont déplacé le truc sur les téléphones et les tablettes et ce genre de choses. Les montres qui mesuraient les hormones de tes couilles  commençaient à fleurir avec les lunettes qui te donnaient le nom exact du cancer du poumon qui tu allais choper en allant respirer d’un peu trop près la vitesse de la civilisation. Mais tout cela était bien plus malin bien sûr, l’objectif final étant que le circuit des informations qu’on t’injectait en continu aboutisse à créer l’algorithme nécessaire et suffisant pour déclencher en toi l’envie irrésistible d’acheter.

Il n’est pas nécessaire de rajouter un complément d’objet direct. Ce que tu achètes on s’en fout.

C’était  acheter le truc.

Ca avait toujours existé mais ça semblait suivre une courbe exponentielle depuis quelque temps.

Peut être bien depuis que les ordinateurs s’occupaient de tout cela, les petites mains utilisées auparavant à cet effet n’avaient surement pas la puissance de calcul nécessaire.

On pouvait se demander ce que pouvaient bien faire de tout cet argent ceux qui ramassaient le jackpot au bout de la chaine.

La question n’est pas naïve.

Il ne semblait jamais y avoir de maximum, s’empiffrer était l’ultime jamais rassasié.

Les Grecs ne s’étaient pas trompés dans leur mythologie, les cinquante filles Danaïdes étaient punies aux Enfers de tenter de remplir un tonneau sans fond.

Les actionnaires n’en avaient rien à branler des Enfers. Ils étaient propriétaires du tonneau. Ils attendaient la récolte.

Ils vivaient riches et heureux.

La morale est une connerie.

Mais peut être tentait-elle de prendre sa revanche quand même.

Et ce, de la façon la plus perverse possible.

Il semblait y avoir un petit bug dans cette architecture destinée à siphonner l’ensemble des avoirs de la planète vers des mystérieux comptes en banque exilés dans des îles exotiques.

A titiller les pulsions barbares de l’envie, de la possession, à susciter sans fin des nouveaux besoins aux allures vitales, on finissait par se trouver face à une foule informe qui voulait tout acheter mais qui n’en avait plus les moyens.

On créait artificiellement le besoin de plus pour ceux qui en avaient le moins.

A un moment ça se cognait la tête dans le plafond.

La pression commençait à grimper.

Ca geignait, puis ça grognait.

Ca fumait par les interstices.

Se mettaient à apparaitre des barbares qui se qualifiaient eux-mêmes comme tels.

La violence ultime commençait à griffer le vernis de siècles de civilisation et d’invention de l’imprimerie.

Tant que c’était des faits divers plus ou moins isolés, tant que ça se limitait à des lieux géographiques précis et repérables, ça allait, ça alimentait juste le débat de l’indignation qui était devenu un vrai commerce.

Le jackpot continuait ses multiplications en dollars teintés d’euros.

Mais ça a commencé à se structurer en ressortant des fictions absurdes qualifiées de textes sacrés.

Il y a vingt ans on n’aurait pas parié un carambar sur ces conneries dépassées et limitées aux vieilles aux cheveux violets qui n’avaient jamais mis un doigt dans leur chatte.

La religion a pris le pas.

Là ça rigolait moins.

Les hordes s’habillaient de noir et étaient les rois de la mise en scène. Les exécutions les plus sanglantes étaient filmées en lumière tamisée et en multidiffusion sur le web.

De l’autre côté on hurlait à l’identité en défilant crane rasé et en crachant au passage sur les homosexuels sans être trop sûr du rapport, juste parce qu’il fallait cracher sur quelqu’un.

Ca hésitait beaucoup dans les discours sur les chaines d’infos niveau sémantique. On ne savait plus trop trouver les bons mots, la bonne articulation des arguments, les mecs semblaient sortir du cadre.

Les gamins de plus en plus se barraient rejoindre leurs héros imaginaires sans se douter qu’ils allaient se bruler les entrailles à l’acide. Ils cherchaient une cause, un horizon, une pancarte. C’était ça ou devenir star du foot. Le rap ne payait plus, le moindre morceau était piraté et circulait gratuitement par tous les réseaux, ça ne rapportait plus rien d’aligner le dictionnaire avec une diction survitaminée.

Alors ça basculait de plus en plus vers l’affrontement MAd MAxien. On en était juste après le générique, on rentrait dans le dur.

 

 

J’étais chez moi, dans ma minuscule maison, dans mon minuscule village, perdu dans le n’importe où.

J’y étais bien.

J’avais trouvé le rythme convenable, je regardais tout cela d’un peu loin, j’avais lâché la route il y a quelques années, je m’étonnais moi même de n’avoir besoin de rien d’autre que de ce que j’avais. Je n’avais aucun désir d’inaccessible. Je me contentais de moi-même, j’ai cherché un moment où était le piège, j’ai fini par me rendre à l’évidence : il n’y en avait pas, j’étais heureux.

Au sens serein du terme.

 

 

On comprend pourquoi la moindre tentative d’incursion dans cette ouate là éveillait en moi une méfiance dubitative.

 

(………….)

 

L’ordinateur était ouvert sur la petite table basse que j’avais faite moi-même avec des planches de palettes récupérées. Je les avais déclouées, puis assemblées côte à côte et reclouées sans vergogne sur des morceaux de poutre de récupération. J’avais cogné avec mon marteau de tout l’élan de mon corps, je ressentais les vibrations dans le ventre, ça me rappelait les lignes de basse d’une de mes anciennes vies, juste avant ou juste après l’épisode peinture, je ne m’en souviens plus bien.

Mon truc en bois de palettes pourries en jetait vraiment.

Le prix en aurait été explosif dans une boutique du Marais.

 

L’ordinateur était ouvert sur ma table basse, devant le canapé un peu naze.

La page Google en luminescence franche.

Le tao disait que la plus grande sagesse devant un carrefour était de ne prendre aucun des chemins proposés. Chaque choix anéantissait les autres possibilités, tuaient tous les autres avenirs possible.

Ne bouge pas, tu gardes le pouvoir de tout.

Reporté à la vie réelle, on pouvait en déduire facilement que c’était assez con le Tao, quand même.

 

04/10/2015

.. X ambassadors....

… et puis il pleut, ça fait si longtemps qu’il n’a pas plu, avec un ciel plombé et puis ce vent que ça me fait tout drôle comme enveloppé par surprise dans cet automne qui je croyais avait été décimé par cette armée de sensations douces qui sont arrivées, jour après jour, mois après mois, depuis plus d’un an que j’habite là, dans cette petite île, dans ma petite maison, dans mon univers….

Et ça fait si longtemps que je sais pas trop quoi faire, je veux dire, ce matin ça allait encore, j’ai pris mon scooter mais tu vois j’ai ressorti le blouson de cuir, ça se sentait qu’il devait se faire enfiler, j’ai été au bourg tout près, je suis passé par le carrefour contact qui est si cher mais bon j’avais juste cent gramme de râpé à acheter et une autre connerie dans ce genre….

La fille aux bougies est de l’autre côté du monde entre Nouméa et l’Australie, elle reviendra dans quelques semaines, elle m’a demandé si je voulais venir, j’ai dit non, je l’ai accompagnée à orly, on a attendu des heures dans le hall 3, on parlait comme dab, de tout et de rien, surtout elle, elle parle beaucoup, je l’écoute pas toujours, mais je suis là, elle le sait, j’avais hâte de rentrer chez moi, j’vais passé quinze jours chez elle, ma maison me manquait, l’avion est parti en retard, y’a eu je ne sais quel binz, le voyage a duré trente huit heures, putain trente huit heures, y’a un putain de décalage horaire, quand c’est le jour ici, c’est la nuit là bas, des fois on s’appelle sur Viber, elle me dit bonjour, je lui dis bonne nuit, elle m’envoie plein de photos d’elle un peu partout, elle aime bien parcourir le monde, moi j’aime pas, moi j’aime bien tracer un cercle sur le sol et ça devient mon lieu à moi et je n’en fais jamais le tour, ça prend un temps fou, ça me suffit, je veux dire j’ai pas besoin de connaitre autre chose,

J’ai des doutes sérieux

la necessité

de connaitre encore et encore,

…..je suis mes divagations intérieures, je me perds souvent en moi, j’ai racheté un GPS TOM TOM start, ; sans dec, j’ai écrit moi comme destination, il m’a dit : - bouge pas tu y es,

-   super j’ai répondu, tu veux pas changer de voix?

et j’ai reprogrammé une voix de salope parce que je suis branché cul comme pas possible encore et toujours…

…………j’en bande encore.

C’est cet après midi qu’il a commencé à pleuvoir, un type ce matin m’a parlé pendant un quart d’heure avec un accent pas possible ,

ici les gens ont un accent qui vient du fin fond de la terre,

je l’ai joué fine parce que je n’ai pas compris un mot de ce qu’il racontait, mais rien du tout, c’est dans son regard que je tentais de trouver la fissure pour hocher la tête, pour dire ben dis donc, pour dire ça m’étonne pas..

On s’en sort assez bien dans la communication avec trois ou quatre phrases..

Ça fait longtemps que j’ai pas écrit, ni pour moi,  ni pour toi, j’ai vu du monde et du monde et là il pleut et il fait sombre, j’ai ressorti mon poêle à pétrole, je l’ai pas allumé, j’écoute sur spotify un truc cliqué au hasard X Ambassadors, ça s’appelle je crois mais je suis pas sur, le morceau c’est Jungle ou Renegades ou je sais pas je comprends pas comment c’est marqué, je déteste pas, ça fait plein de bruit avec des boum boum à la basses et à un truc electronique, ….

Je commence à avoir mal à la tête un peu..

Je vais prendre un fervex parce que ça sent le début de rhume avec des atchoum et tout ça..

Je voulais écrire plein mais tu vois y’a cette sorte de fatigue..

Juste je glisse un doigt dans ta culotte pour frôler ta chatte, et je dors ..