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04/02/2015

« …cet éclatement de lucidités contradictoires … »

… et puis j’ai repris à nouveau le métro, le train, le bateau, tout ça, retour chez moi, sur la petite île, quand j’ai posé à la nuit, mes pas sur les pavés de la jetée, je me suis arrêté un moment, un  tout petit instant, y’avait cette putain de mer autour, y’avait quelques bateaux dans le port d’hiver, y’avait cette atmosphère c’est pas la peine que je cherche les mots, c’était tranquille, c’était doux, c’était caressant.. j’ai pris mon temps pour rejoindre ma voiture dans le parking derrière, je suis rentré dans ma minuscule maison, j’ai rallumé mon poêle à pellets, je me suis mis sous la couette, j’ai repris le bouquin de despentes que j’avais commencé dans le train, ça se lit bien , j’avais noté une phrase sur mon petit carnet dans le train parce que je voulais écrire tu sais sur tous ces trucs qui se passent en ce moment depuis le massacre avec le sang qui giclait tu sais, début janvier, avec ce truc qui nous a un peu claqué la gueule, on n’était plus dans le virtuel, on était dans le réel des mecs qui avaient la gueule arrachée par une rafale de kalach, avec la bouillie qui leur sortait des yeux, on était dans ce truc du réel, les mots tu sais, dans ces conditions, les idées, les pensées, les points de vue, y’en avait un peu beaucoup rien à foutre,..
j’ai écouté la radio, la télé, j’ai écouté les journaux, la liberté d’expression, on peut le dire, on doit pas trop le dire,  on peut le dire avec une  main derrière le dos, on dit rien, on regarde une série plutôt, la deuxième saison de broadchurch par exemple, on a raison, on a tort, y’a la vérité quand même , y’a la morale, mais y’a la justice mais bon, les juifs, ils puent un peu le sionisme du cul, non ? tu en as déjà respiré un de près ? les arabes, ils sentent pas les djihadistes des pieds plutôt ? hein oui ,j’ai écouté les journaux, j’ai écouté la télé, j’ai lu la radio, je me suis dit, c’est où que je circule si je dois circuler ?..

Et puis dans le train, je lisais le dernier despentes et à propos de je ne sais quoi, y’avait cette phrase :

… « …cet éclatement de lucidités contradictoires … »

….ce bout de phrase, et voilà, je me suis c’est ça, tout ce que j’écoute, je lis, j’entends,  un éclatement de lucidités contradictoires, je me suis dit que je tournais autour de cette phrase, mais que je l’avais pas trouvée, je me suis demandé si c’était pas mieux que je meurs tout de suite, mais j’avais vu que 4 épisodes de la saison 2 de broadchurch et il en reste autant, alors je me suis dit, on est tous charlie, on peut se piquer des phrases de temps à autre, du moment que c’est sous contrat creative commons…….

…. Il fait un peu froid ici, un superbe soleil mais froid, j’ai mis mes gants sur mon scooter pour aller m’acheter des pommes de terre et du hareng, je me suis dit, ce sera l’aventure de ma journée, des pommes de terre et du hareng, j’avais du courrier, une lettre d’un ministre, ben oui, personnelle, je vais être décoré, sans dec, j’ai juste été moi-même, tout le temps et me voici décoré, c’est pas la première fois, je monte de grade dans les décorations, on va faire un discours sur moi, on va me louer, dire combien je suis génial et tout ça.. d’un coté c’est pathétique et je m’en fous un peu beaucoup, d’un autre, ça me donne un rôle, une place, quelque chose aux croisements du regard de tous les autres, j’ai relu l’étranger de camus, version BD, le dessin de jacques Ferrandez, je crois, on a tous un peu peut être ce sentiment de pas être réellement présent, et c’est pour cela que j’arrête les secondes quand je descends du bateau, pour prendre possession de cette lumière, de cette mer, de cette odeur, pour enculer le temps parce que c’est jouissif l’enculage, .. et donc je me suis dit que sur une estrade, une tribune, y’a un type qui allait raconter ma vie, dire des mots censés m’esquisser, j’allais les entendre, y’aurait un truc sur un coussin, on allait me l’épingler, je ne dirais pas un mot, je ferais attention à bien entendre ce qui se dit parce que ce serait moi qui était à la croisée de ces mots, juste à l’intersection, moi à un moment précis, à une seconde exacte.

Et justement cet après midi, j’ai reçu un texto de celle qui habite là bas, de l’autre coté de la France (ma quasi soeur) qui disait :

Je suis allé au bal masqué déguisé en moi. Aucun de mes amis ne m’a reconnu.

C’est une phrase de je ne sais quel poète noir…

J’ai réfléchi bien plus tard, j’ai percuté que j’avais pas d’amis.. alors j’ai réécris la phrase,

je me suis déguisé en moi, je me suis regardé dans le miroir, je ne me suis pas reconnu…

… mais tu sais, cela n’a strictement aucune importance,  je veux dire, je me fous complètement de savoir qui je suis ou suis pas, c’est une illusion totale de définir quoi que ce soit, faut juste bouffer du soleil, lécher des chattes, (la tienne ?), grignoter une tasse de café chaud, caresser un fruit sucré, s’endormir sous une couette toute douce..

Et tu vois, si je devais être quelqu’un je voudrai être cette fille qui s’est assise à côté de moi dans le train, une vingtaine d’année,  elle a ouvert son ordi, mis ses écouteurs, c’était Game of thrones, je l’avais déjà vu, mais je regardais en lisant les sous titres à coté d’elle.. et elle, elle applaudissait dès qu’un méchant mourait, elle hurlait ATTENTION ATTENTION dès qu’il y avait un danger, elle disait c’est trop mignon dès qu’un jeune fille rougissait devant un joli garçon dans la série… tout le wagon se bidonnait, elle n’en avait rien à foutre, elle était dans le truc complètement, elle vivait seconde après seconde… à la fin de l’épisode, elle s’est endormie d’un coup, pouf.. et sa tête a glissé sur mon épaule, je me suis senti hyper bien, je me suis dit, fuck les aigris, fuck les grimaceux,  y’a des gens sur terre qui…

…………………y’a des vivants quoi…