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06/10/2015

... extrait of ce que j'écris ailleurs...

(…………….)…………………………..en rentrant, j’avais un peu tendance à me la jouer loup solitaire et vieil ermite et je rentrais facilement dans le rôle.

Au-delà de la dégaine de sagesse que j’affectionnais, j’aimais  bien l’oubli qui s’installait avec douceur et qui estompait un peu tous les soubresauts qui sont les signes extérieurs d’une vie palpitante.

(……………………..)

J’ai été chercher au frigo un machin zéro à boire, un faux coca fabriqué surement avec de la sueur de petit banghladeshien payés une cacahuète et demi et vendu dans ces trucs discount pour pauvres en forme d’entrepôts mal balayés.

Il faisait chaud, les experts se relayaient à la radio pour expliquer le changement climatique, un site d’information en continu avait pondu un article sur une étude britannique qui annonçait un effondrement de nos sociétés vers 2040, genre tu dors tu te réveilles et c’est la fin du monde. A la lecture de l’article, ça semblait même pire que la fin du monde, les africains allaient venir tous nous manger aidés par les latinos qui allaient monter les barbecues. En résumé, ceux qui avaient la peau très bronzée allaient se transformer en Tyrannosaure, Georges Lucas était déjà dépassé avec ses animaux préhistoriques en latex, la réalité n’avaient pas besoin de lunettes 3D, on  fonçait dedans parce qu’on ne savait pas s’arrêter, on n’en avait pas trop envie non plus même si certains pédalaient sur leur velib avec l’ardeur  des premiers chrétiens, le regard illuminé par les marques de farine bio.

 

Si on croisait ça avec les fous furieux de la décapitation, on était plutôt rassuré par nos rides qui se pointaient et notre peau qui s’affaissait un peu.

On vieillissait mais on en avait un peu profité.

J’ai fini par ouvrir mon ordi Packard Bell que j’ai depuis pas mal de temps maintenant, on dirait que la course à l’obsolescence s’est calmée du côté des ordinateurs classiques, ils ont déplacé le truc sur les téléphones et les tablettes et ce genre de choses. Les montres qui mesuraient les hormones de tes couilles  commençaient à fleurir avec les lunettes qui te donnaient le nom exact du cancer du poumon qui tu allais choper en allant respirer d’un peu trop près la vitesse de la civilisation. Mais tout cela était bien plus malin bien sûr, l’objectif final étant que le circuit des informations qu’on t’injectait en continu aboutisse à créer l’algorithme nécessaire et suffisant pour déclencher en toi l’envie irrésistible d’acheter.

Il n’est pas nécessaire de rajouter un complément d’objet direct. Ce que tu achètes on s’en fout.

C’était  acheter le truc.

Ca avait toujours existé mais ça semblait suivre une courbe exponentielle depuis quelque temps.

Peut être bien depuis que les ordinateurs s’occupaient de tout cela, les petites mains utilisées auparavant à cet effet n’avaient surement pas la puissance de calcul nécessaire.

On pouvait se demander ce que pouvaient bien faire de tout cet argent ceux qui ramassaient le jackpot au bout de la chaine.

La question n’est pas naïve.

Il ne semblait jamais y avoir de maximum, s’empiffrer était l’ultime jamais rassasié.

Les Grecs ne s’étaient pas trompés dans leur mythologie, les cinquante filles Danaïdes étaient punies aux Enfers de tenter de remplir un tonneau sans fond.

Les actionnaires n’en avaient rien à branler des Enfers. Ils étaient propriétaires du tonneau. Ils attendaient la récolte.

Ils vivaient riches et heureux.

La morale est une connerie.

Mais peut être tentait-elle de prendre sa revanche quand même.

Et ce, de la façon la plus perverse possible.

Il semblait y avoir un petit bug dans cette architecture destinée à siphonner l’ensemble des avoirs de la planète vers des mystérieux comptes en banque exilés dans des îles exotiques.

A titiller les pulsions barbares de l’envie, de la possession, à susciter sans fin des nouveaux besoins aux allures vitales, on finissait par se trouver face à une foule informe qui voulait tout acheter mais qui n’en avait plus les moyens.

On créait artificiellement le besoin de plus pour ceux qui en avaient le moins.

A un moment ça se cognait la tête dans le plafond.

La pression commençait à grimper.

Ca geignait, puis ça grognait.

Ca fumait par les interstices.

Se mettaient à apparaitre des barbares qui se qualifiaient eux-mêmes comme tels.

La violence ultime commençait à griffer le vernis de siècles de civilisation et d’invention de l’imprimerie.

Tant que c’était des faits divers plus ou moins isolés, tant que ça se limitait à des lieux géographiques précis et repérables, ça allait, ça alimentait juste le débat de l’indignation qui était devenu un vrai commerce.

Le jackpot continuait ses multiplications en dollars teintés d’euros.

Mais ça a commencé à se structurer en ressortant des fictions absurdes qualifiées de textes sacrés.

Il y a vingt ans on n’aurait pas parié un carambar sur ces conneries dépassées et limitées aux vieilles aux cheveux violets qui n’avaient jamais mis un doigt dans leur chatte.

La religion a pris le pas.

Là ça rigolait moins.

Les hordes s’habillaient de noir et étaient les rois de la mise en scène. Les exécutions les plus sanglantes étaient filmées en lumière tamisée et en multidiffusion sur le web.

De l’autre côté on hurlait à l’identité en défilant crane rasé et en crachant au passage sur les homosexuels sans être trop sûr du rapport, juste parce qu’il fallait cracher sur quelqu’un.

Ca hésitait beaucoup dans les discours sur les chaines d’infos niveau sémantique. On ne savait plus trop trouver les bons mots, la bonne articulation des arguments, les mecs semblaient sortir du cadre.

Les gamins de plus en plus se barraient rejoindre leurs héros imaginaires sans se douter qu’ils allaient se bruler les entrailles à l’acide. Ils cherchaient une cause, un horizon, une pancarte. C’était ça ou devenir star du foot. Le rap ne payait plus, le moindre morceau était piraté et circulait gratuitement par tous les réseaux, ça ne rapportait plus rien d’aligner le dictionnaire avec une diction survitaminée.

Alors ça basculait de plus en plus vers l’affrontement MAd MAxien. On en était juste après le générique, on rentrait dans le dur.

 

 

J’étais chez moi, dans ma minuscule maison, dans mon minuscule village, perdu dans le n’importe où.

J’y étais bien.

J’avais trouvé le rythme convenable, je regardais tout cela d’un peu loin, j’avais lâché la route il y a quelques années, je m’étonnais moi même de n’avoir besoin de rien d’autre que de ce que j’avais. Je n’avais aucun désir d’inaccessible. Je me contentais de moi-même, j’ai cherché un moment où était le piège, j’ai fini par me rendre à l’évidence : il n’y en avait pas, j’étais heureux.

Au sens serein du terme.

 

 

On comprend pourquoi la moindre tentative d’incursion dans cette ouate là éveillait en moi une méfiance dubitative.

 

(………….)

 

L’ordinateur était ouvert sur la petite table basse que j’avais faite moi-même avec des planches de palettes récupérées. Je les avais déclouées, puis assemblées côte à côte et reclouées sans vergogne sur des morceaux de poutre de récupération. J’avais cogné avec mon marteau de tout l’élan de mon corps, je ressentais les vibrations dans le ventre, ça me rappelait les lignes de basse d’une de mes anciennes vies, juste avant ou juste après l’épisode peinture, je ne m’en souviens plus bien.

Mon truc en bois de palettes pourries en jetait vraiment.

Le prix en aurait été explosif dans une boutique du Marais.

 

L’ordinateur était ouvert sur ma table basse, devant le canapé un peu naze.

La page Google en luminescence franche.

Le tao disait que la plus grande sagesse devant un carrefour était de ne prendre aucun des chemins proposés. Chaque choix anéantissait les autres possibilités, tuaient tous les autres avenirs possible.

Ne bouge pas, tu gardes le pouvoir de tout.

Reporté à la vie réelle, on pouvait en déduire facilement que c’était assez con le Tao, quand même.