Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09/03/2015

... home...

… et puis, j’ai pris le bateau à la nuit tombée, j’ai roulé toute la journée, je suis arrivé en avance, j’ai posé ma voiture devant l’embarcadère, j’avais trois heures devant moi, ils ont supprimé le bateau de 16h, il faut attendre le soir maintenant, j’ai pris mon petit sac de cuir rouge, j’ai hésité, il faisait doux, mais j’ai quand même enfilé mon blouson de cuir marron, et j’ai marché jusqu’au centre ville, j’ai pris mon temps, y’avait tous ces bateaux de plaisance et de pêche, là,  juste devant, ça me manquait, je m’en suis aperçu au petit frisson que j’ai eu quand j’ai senti la mer, et aussi quand je suis monté le soir dans le bateau métallique, l’odeur du fuel, de la graisse lourde, le bruit des cliquetis, mais ça c’était le soir, j’avais trois heures devant moi, j’ai marché jusqu’aux rues piétonnes, je savais pas si c’était ouvert le lundi mais oui, la plupart des boutiques oui, y’avait aussi les terrasses de café, les filles par groupe, les cheveux longs, les rires, les clopes qu’elles enfilaient entre leurs lèvres en levant les yeux au ciel, y’avait aussi les mecs avec leur casquettes, leur bonnets, la barbe de trois jours, les écharpes enroulées trois fois, et plus loin, j’ai vu une grande librairie, une vraie librairie, sur trois étages, pas une fnac, non, la fnac est plus loin, une librairie avec des gens dedans, ça fait mille ans que je n’ai pas mis les pieds dans une librairie, autrement que sur le site d’amazon, y’avait des affiches, entrez ici, vous serez ailleurs, y’avait des milliers de bouquins, je me suis baladé comme ça, lentement, sans rien chercher de particulier, et puis je me suis souvenu d’un truc que je voulais voir, j’ai demandé à la femme aux cheveux blancs où était rangé le Journal de Philippe Muray, le titre c’est un nom latin, Ultima necat, je sais pas ce que ça veut dire et je m’en fous un peu… elle a sorti le bouquin, il était dans un carton, elle m’a dit, merci, j’ai fait, le bouquin est relié en grosse couverture cartonnée, bien épaisse, à l’ancienne, tu sais, un vrai bouquin, rien qu’en le voyant je savais que  j’allais le prendre, j’ai feuilleté, j’ai lu au hasard, dans la danse du regard qui survole, ça avait l’air bien chiant, j’ai lu philippe muray dans les années 90, je sais plus comment j’étais tombé dessus, j’avais tout enfilé ou presque, pas vraiment quand même parce qu’il en a pondu une palanquée, j’avais bien aimé Désaccords parfaits, le dix neuvième siècle à travers les âges, son Céline, un ou deux exercices spirituels, et puis aussi son gros roman On ferme, écrit à la Destouches, ce langage parlé écrit, je l’ai retrouvé en vidant des cartons là haut, dans mon grenier, j’ai du le poser sur une étagère là bas, j’avais été étonné par ce qu’il écrivait, il pensait pas comme les autres, il était contre tout ou presque, mais pas dans le genre révolté de gauche, à la mord moi le nœud ..
                                     mais pas trop fort, ça fait mal,
..........mais contre ce qui me semblait évident, ces valeurs qu’on croyait partager avant que je comprenne que c’était pas vrai vrai, avant que je ne comprenne que l’homme bon n’est que celui qui n’a pas eu les moyens, la force de ne pas l’être, n'oublie pas, l'homme est un barbare à l'origine, regarde autour de toi, regarde, c'est pas simple à admettre mais l'homme est une ordure intégrale de nature, y'a que deux choses qui le bloque: l'empathie et l'angoisse de la mort, c'edst l'origine des lois, c'est l'origine de la civilisation, j'y reviendrai, ou pas, plus tard, et en lisant Philippe muray, y'a pas à être d'accord ou pas, je ne me souviens plus de ce qu'il écrivait, il est classé dans la zone des méchants peut être, je m'en fous, mais ce qui me semblait universel avant que je ne décrypte un peu les mots comme des auto collants pour cacher la misère de la pensée, avant que je ne comprenne un peu, tout ça a été éclairé différemment, des paysages entiers qui apparaissaient, le monde n'était pas ce que je croyais, …..   ....je crois que c’est lui qui m’a appris à questionner les évidences, ce qui semble naturel, partagé, non discutable, c’est lui peut être qui m’a appris à sortir un peu des formes géométriques, des phrases toutes faites, je sais pas trop ce qu’il a écrit, je m’en fous d’ailleurs, mais en lisant je réécrivais ma propre pensée, c’est comme ça un vrai bouquin, je crois, un truc que tu lis pas mais que tu réécris en même temps, il se foutait de l’homme festivus, Jack lang était passé par là, la fête devenait obligatoire, j’ai jamais aimé les fêtes, ça m’a toujours gonflé, j’ai vu que j’étais pas le seul, ça fait du bien de pas être seul des fois, même si là, je suis content d’être enfin rentré chez moi, seul, je suis pas fait pour pas être seul longtemps trois jours ça va,  plus ça va plus….

J’ai respiré l’odeur de la graisse lourde sur le pont du bateau, l’odeur du mazout quand les moteurs se sont mis en marche, il commençait à faire nuit, j’avais dans mon sac de cuir rouge le journal de philippe muray, je sentais son poids, je suis pas sûr d'avoir envie de le lire, .........et puis, à coté sur le siège de bois y’a une vieille toute moche toute sale, toute grosse qui s’est assise, elle dégageait des molécules de sueur rance et de slip mal lavé, elle a pris un bouquin, j’ai jeté un œil sur le titre Primo levi, Si c’est un homme, voilà, la mer était grise maintenant, presque la nuit,

Je rentre chez moi..