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15/01/2013

.. it is a man's world...

 

.. et puis dans mon bureau, là, au boulot, j’ai mis la radio, déjà reçu quelques coups de téléphone , les gens sont bloqués par la neige, ça va être une journée de merde, j’ai écouté dans la nuit benedikt Jahnel trio, j’arrivais pas à dormir, j’avais tout fait bien pourtant, un bain chaud, tout mousse, une couette c’est la ouate, un nouveau matelas très cher, la fille aux bougies m’a dit

         -ton truc c’est plus possible, j’ai passé l’âge de dormir par terre,

 bon c’était noël, tu sais, j’avais un geste à faire pour avoir quelques indices d’humanité, j’ai acheté un matelas,

- lequel ? m’a demandé la vendeuse qui s’en foutait,

-le cher, j’ai dit,

 je sais le langage social, je maitrise les codes du respect, elle s’en foutait plus du coup, elle était quand même très bête, j’avais tout fait bien pour dormir, je m’étais branlé bien concentré sur les zones troubles au-delà de la ligne, j’ai pas hésité à plonger dans les méandres moites des pulsions indigènes, version exorciste

 mais bon,

 jouissance très moyenne, pas vraiment d’avant ni d’après, je crois qu’au dernier moment j’ai pensé à autre chose, un truc du genre je m’en fous un peu, ça ne me concerne pas, je me suis rendu compte que j’allais pas dormir, la radio me gonflait, je suis descendu me faire une petite salade de mâche, j’avais envie de ça, j’ai acheté de la mâche au marché dimanche, c’est un tout petit marché avec un seul marchand de légumes, oui, un seul, mais c’est un producteur local, les champs sont à la sortie du village, y’a que des trucs de chez lui, y’a plein de légumes anciens, des panais, je savais pas ce que c’était, des trucs dans ce genre, topinambours, ici, c’est la guerre je crois, je sais pas trop, j’ai fait un grand potage dimanche, je mets tous les légumes dans une grande marmite, je mets deux ou trois cubes de bouillons, je fais cuire tout ça, j’ai ça au frigo pour quelques jours, j’avais pas sommeil, j’ai avalé un demi cachet, j’ai lu quelques pages de la vérité sur l’affaire harry quebert, mais le bouquin est trop lourd, sept cents pages, c’est chiant à lire couché, tiens, j’ai reçu hier un bouquin de mon copain,

c’est quoi un copain ?

Je sais pas, j’ai pas vraiment de copain, je crois, j’en ai pas du tout même, les gens n’écoutent jamais, je le sais, donc il me parle, un type que tu écoutes, c’est un copain ?

          va savoir,

Il m’a téléphoné vendredi, son nouveau bouquin venait de sortir, rentrée littéraire de janvier,

-     je te l’envoie tout de suite,

je l’ai recu hier, je l’ai parcouru, il retrouve ses thèmes familiers, je ne l’ai pas lu encore, 

autrefois : je corrigeais ses manuscrits, il me filait les textes, je le faisais réécrire certains passages, il écrit pas comme moi du tout, il me fallait entrer dans sa musique à lui, battre au même rythme cardiaque, s’imprégner du balancement de sa marche, petit à petit, il n’arrête jamais d’écrire, il a je ne sais combien de manuscrits terminés, il en a publié une dizaine je crois, là c’est le dernier sorti, je le lirai, dans un de ses bouquins, je suis un personnage secondaire, une scène se passe dans ma petite maison sur l’ile, c’est touchant de lire dans un livre l’admiration qu’on vous porte, il m’a envoyé son livre, je l’ai posé sur la petite table de la cuisine, celle que j’ai été chercher dans la chambre, une très très vieille petite table que j’avais prise dans une ferme de Provence,

quand je traçais sur les routes là bas,

Avec la fille au visage de wermeer

Adolescente, quel est ton nom ?

 ..

Je l’avais perdu de vue depuis quelques années, tu sais, moi, des fois, je pars dans un autre livre, j’efface tout et je suis tout neuf ailleurs, j’ai presque pas de passé, juste des trucs qui reviennent des fois comme ça,

Que j’écris là ou ailleurs,

J’efface tout, j’oublie tout et le reste,

Je l’avais perdu de vue depuis des années,

Et puis

Et puis l’été pas le dernier,

Non l’autre, l’autre tu sais, celui d’avant,

J’étais sur ma terrasse de ma petite maison sur l’ile,

Dans ma majestueuse solitude,

C’était l’heure de l’instant sacré,

quand le soir tombe,

douceur et tendresse,

quand le ciel est suave,

c’est l’heure de l’instant magique, sur ma petite terrasse de ma maison sur l’ile, yeux mi clos sur le relax moelleux,

c’est l’heure du verre ciselé, vin blanc glacé, gewurztraminer vendanges tardives,

c’est l’heure des volutes de l’opéra akhnaten de philip glass, en arrière plan,

c’est l’heure du bonheur permanent, à vivre, encore et toujours,

et puis j’ai vu ce visage devant le portillon, entre les branches de cet arbuste sauvage de la lande qui me sert de clôture,

-oh ?

-oui, il a dit, j’avais plus de nouvelles, je savais que tu passais tes étés ici, j’ai loué la petite bicoque à deux cent mètres, au bord du vallon, là, tout près…

on a bu ensemble, on a parlé de tout

de rien, du reste,

il écrivait tout le temps, il a jamais arrêté,

il m’a envoyé son dernier livre publié hier..

……………………………………… j’arrivais pas à dormir hier soir, j’ai pris un demi cachet en écoutant benedikt jahnel trio,

Et puis…